Etre photographe : ma définition

Qu'est-ce qui pourrait définir le photographe? Le matériel, la technique, l'oeil? Je vous expose ma façon de concevoir mon métier et les qualités qui font selon moi un photographe.

1 - Le matériel

D'aucuns diront que c'est l'appareil photo qui fait la photo et a fortiori le photographe. Certes, le matériel est important. Loin de moi l'attitude hypocrite d'affirmer que l'appareil n'est en rien dans la qualité de la photo... Je dirai, honnêtement que le matériel fait la moitié du job. Netteté, joli flou, définition... tout cela est dépendant de la qualité du capteur de mon appareil. Si un appareil à 200€ suffisait, je n'aurais pas tant investi ces dernières années dans mes boitiers et mes objectifs. Je serais restée avec mon petit bridge Lumix, qui m'a permis de faire mes premières expos.

2 - La maîtrise technique

Rien ne sert d'avoir un bel outil si on ne sait pas s'en servir... Ne vous bercez pas d'illusion, l'appareil ne fait pas tout tout seul, juste en appuyant sur un bouton. Bien sûr, comme pour tout métier, être photographe exige une maîtrise du matériel, une parfaite connaissance des réglages de prise de vue et des pièges tendus par la lumière et les situations. Cette maîtrise, qui me permet de régler mon appareil en une demi-seconde, de m'adapter aux conditions du reportage, je l'ai acquise au prix de longues années de pratique, de formation, d'erreurs et de répétitions.

3 - Le sens de la composition

Pour composer de belles images, intéressantes, dynamiques, esthétiques, il faut également beaucoup d'entraînement. Si vous vous intéressez à la photographie, vous avez sûrement entendu parler de "la règle des tiers" qui permet de composer les images en utilisant les points qui attirent le plus l'oeil dans un rectangle. Cette règle, utile au début, s'avère à mon sens très vite simpliste, figée et largement insuffisante pour composer des images originales. Je compose avec les lignes, les formes, les couleurs, les matières, les textures... en les associant, les opposant, les mixant...  Je n'aime pas la monotonie, aussi j'aime à chaque déclenchement, penser mes images. Cet exercice mental est un régal pour mon cerveau. J'aime faire cela, je l'ai toujours fait. Enfant, je m'ennuyais terriblement. Alors je composais mentalement des images, les fixant à jamais dans ma mémoire, me régalant de formes et de couleurs. Si on considère que j'ai commencé à former mon oeil toute petite, cela fait dans les faits plus de trente ans que je compose des images. 

4 - L'ouverture du coeur

Savoir partager les émotions des sujets photographiés tout en restant discrètement à distance pour les restituer. Ceci est mon BUT ultime. C'est ce qui fait pour moi LA bonne photo. La vibration. La good vibe. Je m'efforce à chaque reportage de capter le maximum d'émotion, de vibrations pour avoir des photos qui ressemblent aux gens que je photographie, mais aussi aux animaux et aux plantes... Pour moi, tout est vibration. Et la photographie, ce petit rectangle qui fige l'instant, cette petite fraction de vie se doit de raconter, de montrer, de vibrer et de partager.

5 - L'autoformation

Enfin, j'aime apprendre. Je ne reste pas sur mes acquis et je remets en question régulièrement ma manière de travailler. Je suis très curieuse et j'aime me former aux nouvelles techniques et me nourrir des images qui m'entourent. Je suis également passionnée par tout ce qui me permet de mieux comprendre et cerner le vivant : psychologie, sociologie, éthologie animale et développement personnel...

6- L'inspiration

Un grand nom de la photographie m'inspire. Je n'ai pas la prétention de me comparer à lui mais je le considère comme mon maître à penser la photographie. C'est le grand Henri-Cartier Bresson. Je ne peux résister au plaisir de citer ce texte qui résume sa conception de la pratique photographique : 

"L’appareil photographique est pour moi un carnet de croquis, l’instrument de l’intuition et de la spontanéité, le maître de l’instant qui, en termes visuels, questionne et décide à la fois. Pour «signifier» le monde, il faut se sentir impliqué dans ce que l’on découpe à travers le viseur. Cette attitude exige de la concentration, de la sensibilité, un sens de la géométrie. C’est par une économie de moyens et surtout un oubli de soi-même que l’on arrive à la simplicité d’expression.

Photographier : c’est retenir son souffle quand toutes nos facultés convergent pour capter la réalité fuyante ; c’est alors que la saisie d’une image est une grande joie physique et intellectuelle.

Photographier : c’est dans un même instant et en une fraction de seconde reconnaître un fait et l’organisation rigoureuse de formes perçues visuellement qui expriment et signifient ce fait.

C’est mettre sur la même ligne de mire la tête, l’œil et le cœur. C’est une façon de vivre."

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